Les codes du rock bousculés : une dissection chirurgicale du son
Des structures en apesanteur
Oubliez le traditionnel couplet-refrain-pont. Sur “L’après”, Fontaines D.C. déconstruit la narration musicale :
- Pistes étirées à 6-7 minutes, où l’urgence du spoken word cède parfois à de longs passages instrumentaux, presque krautrock.
- Des explosions de saturation succèdent à des plages ambient, où la voix se fait fragile, presque murmurée.
“Le rock n’a jamais été une ligne droite”, lâche Grian Chatten lors d’une interview à la BBC (janvier 2024).
Plus qu’un manifeste, un programme : ici, la surprise est reine, l’inattendu bat la mesure.
Production : la collision électronique
Un autre signal fort : la collaboration du producteur Lexxx (Wild Beasts, Ghostpoet), sur certains titres marquants. Résultat, on sent :
- Des textures électroniques granuleuses, évoquant parfois Burial ou certaines productions de Radiohead période “King of Limbs”.
- Des beats malmenés, loin de la batterie rock classique, qui flirtent avec la drum machine, voire l’abstract hip-hop.
Le rock, ici, se fait laboratoire, prêt à s’emparer de tout ce qui se frotte à lui.
The Line of Best Fit salue d’ailleurs la radicalité du projet, “à la croisée de CAN et d’Aphex Twin”.
Des textes sans concession
Fontaines D.C. n’a jamais écrit pour plaire. Sur “L’après”, leur écriture se fait plus incisive :
- Thèmes : le post-Brexit vu d’Irlande, la solitude urbaine, des clins d’œil à l’existentialisme mais aussi des punchlines sur l’état de la musique lui-même.
- “Nos chansons sont des polaroids tordus de ce qu’on vit”, lâche le groupe dans Rolling Stone UK (avril 2024).
Le rock, chez eux, refuse la pose, vise l’intime, la faille, l’éclat d’un instant ciselé.