Lignes électriques : quelques jalons mythiques des albums concept alternatifs
Pink Floyd – The Wall (1979) : opéra rock angoissé et titanesque
Impossible de faire l’impasse. Derrière son mur de guitare et ses choeurs hantés, The Wall est avant tout une fresque sur la solitude, la folie, les dérives de l’éducation (et du star system). Roger Waters signe là une œuvre où chaque titre s’imbrique, où les sons de cloche, cris d’enfants ou dialogues s’entrechoquent. Le succès est à la hauteur de l’ambition : plus de 30 millions d’exemplaires vendus dans le monde selon la RIAA (Source), et un double album devenu un classique immédiat.
- Le live de 1980 à Londres mobilise 45 musiciens et une immense marionnette – du jamais-vu dans la musique rock (BBC).
- L’album inspire un film culte, avec Bob Geldof et les animations de Gerald Scarfe.
The Who – Quadrophenia (1973) : la jeunesse fracassée
Si l’on pense souvent à Tommy (1969), le génie trouble de The Who explose surtout dans Quadrophenia. La narration suit Jimmy, jeune Mod en pleine crise d’identité entre émeutes, scooters et schizophrénie rampante. Musicalement, c’est aussi la plus grande réussite studio du groupe, entre saturation, synthés marins et incursions jazz. L’originalité ? Les chansons reprennent des motifs d’ouverture, donnant un sentiment de continuité et d’urgence.
- 20 pistes et près de 80 minutes — à sa sortie, l’album est considéré comme un « monstre » sonore.
- L’adaptation en film, en 1979, devient culte pour les mods britanniques et révèle Sting.
David Bowie – The Rise and Fall of Ziggy Stardust and the Spiders from Mars (1972) : identité extraterrestre et androgynie glam
Plat du jour, Bowie façon caméléon. Ziggy Stardust, c’est le récit d’une rock star extraterrestre, messie à la descente tragique. L’album fait exploser les codes, joue sur l’ambiguïté, anticipe la culture queer et fait swinguer l’alternative anglaise d’un coup d’épaules saupoudré de paillettes. Rolling Stone le classe dans le top 40 des plus grands albums de tous les temps en 2020 (Source).
- À la sortie, la presse parle de « nouvelle apocalypse pop ».
- Des morceaux comme « Starman » seront repris par la génération Britpop ensuite.
The Flaming Lips – Yoshimi Battles the Pink Robots (2002): délire cyber-psychédélique
Changement de siècle, virée acidulée dans la discographie barrée de Wayne Coyne et sa bande. Ici, une guerre intergalactique entre une héroïne (Yoshimi) et des robots roses – mais surtout, un conte existentiel sur la peur, la perte, la résilience. L’album est un hommage à la pop japonaise, truffé de samples, d’effets analogiques surannés et d’arrangements absolument jubilatoires. Pitchfork le classe dans son top 100 des albums des années 2000 (Source).
- L’album deviendra même une comédie musicale Off-Broadway !
- Le single « Do You Realize?? » est adopté comme chanson officielle de l’Oklahoma… rien que ça.
Sufjan Stevens – Illinois (2005): l’Amérique revue par la folk baroque
Projet infini (Sufjan voulait, à la base, écrire un album pour chaque état américain – il s’est arrêté au second), Illinois est une odyssée pop, surfant entre folk orchestrale et lyrisme indie sans fard. Des super-héros, des catastrophes industrielles, des références à Carl Sandburg ou Superman : le voyage est riche, érudit, surpris d’humilité. Lauréat de nombreux prix indépendants (dont le Shortlist Music Prize en 2005).
- 34 musiciens invités, dont l’arrangeur Michael Atkinson.
- La chanson «Casimir Pulaski Day» devient une des plus citées dans les hommages folk des années 2000.