Ils ont commencé indé… et sont devenus incontournables
Radiohead : la cassette qui aurait pu tout changer
Avant OK Computer, les scénographies titanesques et la conquête planétaire, le quintette d’Oxford se lançait modestement chez Parlophone… mais c’est souvent oublié : au tout début, leur tout premier EP « Drill » (1992) est coproduit avec EMI, mais Radiohead fut repéré grâce à une simple cassette autoproduite et diffusée par l’école, puis un deal original passé via indie label On A Friday. Des débuts semi-indépendants, donc, avant que la major ne leur tende les bras.
Mais l’anecdote majeure : lors de la sortie de « Creep », la BBC refuse d’abord de diffuser le titre, jugé « trop déprimant » (source : The Guardian). Il faudra la persévérance du circuit indé pour que le morceau prenne – d’abord en Israël, fief inattendu de premiers fans, puis en Californie sur KROQ-FM, avant que l’Angleterre ne se réveille enfin.
Nirvana & Sub Pop : l’onde de choc venue de Seattle
Impossible de parler de l’âge d’or des labels indé sans évoquer Sub Pop. Fishermen in Seattle, cette maison a jeté sur le monde la vague grunge. Nirvana sort son tout premier album, Bleach (1989), sur Sub Pop – financé pour la modique somme de 606,17 dollars ! Leur contrat : un engagement d’un an, 600 dollars l’album, une production sur huit jours… et la liberté totale. Résultat : 40 000 exemplaires vendus (avant le rachat par Geffen) – une anomalie pour un micro-label (Rolling Stone).
- Le son « sale », signature du grunge, doit tout à cette économie indie et au producteur Jack Endino, recruté pour 600 dollars seulement.
- Sans Sub Pop, le monde n’aurait peut-être jamais entendu « About a Girl » ou « Love Buzz » sur une platine en plomb à l’arrière d’un van.
Adele : XL Recordings, la voix venue d’ailleurs
Aujourd’hui, Adele est une institution, lauréate de plus de 16 Grammy Awards. Mais lorsqu’elle enregistre sa première maquette dans la chambre d’amis d’un pote, elle attire l’oreille attentive de XL Recordings, mythique label indé londonien (déjà responsable de The xx, Dizzee Rascal, Radiohead période post-EMI…). Premier contrat en 2006, premier album en 2008 : « 19 » se vend à 7 millions d’exemplaires et entre dans le Top 10 au Royaume-Uni, Ebène sur un label qui ne misait pas sur les golden boys/girls classiques. Source : NME.
- XL a développé Adele sans précipitation, prenant le temps de maturer le son, la voix, l’image – à l’antithèse de la pop accélérée par la plupart des majors.
- En 2012, XL devient le label indépendant le plus rentable d’Europe en grande partie grâce à Adele (Music Business Worldwide).
Arctic Monkeys et Domino : la force virale du bouche-à-oreille
Le groupe de Sheffield explose en 2006, mais sa légende naît vraiment deux ans plus tôt via Domino Recording Company. Arctic Monkeys a d’abord distribué ses propres démos sur CD-R lors de concerts – bientôt uploadés par les fans sur MySpace, bien avant que la plateforme ne devienne hype. Domino signe le groupe, sort « Whatever People Say I Am, That’s What I’m Not » en 2006 : plus d’un demi-million de ventes la première semaine au Royaume-Uni ! (BBC).
- Premier album le plus vendu de l’histoire du Royaume-Uni pour un label indépendant à sa sortie.
- Succès propulsé par le DIY et l’auto-promotion, montrant à toute la scène que le web pouvait rivaliser avec les radios.
Jacques Brel, l’ovni du micro label Philips Belgique
Un petit détour franco-belge, pour montrer que la fibre indé n’est pas nouvelle : en 1953, la major française Pathé Marconi coupe le micro à un jeune Brel trop « décalé ». C’est le tout petit label Philips Belgique qui publie en 1954 son premier 78 tours. Quelques années plus tard, c’est l’Olympia – et un raz-de-marée sur la chanson française.
- Brel, trop rauque, trop intense, trop poétique pour les formats radio de l’époque, explose dès que son label le laisse être lui-même.
Arcade Fire & Merge Records : La ruée vers Montréal
Avant d’être couronné « groupe indie de la décennie » par Pitchfork, Arcade Fire sort « Funeral » (2004) chez Merge Records, un label américain lancé… dans un salon, à Chapel Hill, Caroline du Nord. Premier budget ? 1000 dollars et l’énergie des potes. L’album explose sur la toile, boosté par blogs et zines – il atteint le statut de triple disque de platine au Canada et entre dans le Top 10 US. Ce succès vaudra au label son premier Grammy Award, avec « The Suburbs » en 2011.
- Funeral s’écoule à près de 3 millions d’exemplaires dans le monde sans passer par une seule major (Pitchfork).
Björk & One Little Independent : L’Islande, la liberté et l’audace
L’histoire de Björk, ex-leader des Sugarcubes, est un poème punk qui s’écrit loin des leviers industriels. Dès la séparation du groupe, elle sort « Debut » (1993) chez One Little Independent, accompagné de son manager de toujours, Derek Birkett. Le label, connu pour ses partis-pris radicaux, laisse Björk expérimenter allègrement. Dès le deuxième album, elle vend plus de 20 millions de disques sur l’ensemble de sa carrière solo – en gardant son management et ses droits d’auteur.
- Björk a maintenu un contrôle artistique quasi total sur l’ensemble de sa discographie, fait rare dans l’industrie (Dazed).
Cœur de Pirate & Grosse Boîte : le pari québécois
Avant d’être adulée en France, Cœur de Pirate (Béatrice Martin) sort son premier album en 2008 chez le label montréalais Grosse Boîte. Découverte par MySpace, elle accède rapidement à une notoriété virale. L’album s’écoule à plus de 500 000 exemplaires dans la francophonie, un record pour un album francophone indé canadien (La Presse).
- Premier disque de platine au Canada francophone pour une sortie totalement indépendante.