L’électro indépendante, matrice de sons (presque) secrets
Passons en revue quelques albums et maxis injustement dans l’ombre, qui ont pourtant posé les briques du son contemporain, du groove robotique d’hier aux samples qui crèvent tous les charts actuels.
1. Tuxedomoon - Desire (1981)
Quand on parle de New Wave, on pense Depeche Mode ou Joy Division. Pourtant, Tuxedomoon, collectif américano-belge, sortent en 1981 Desire, disque ovni où l’électronique, le jazz, le cabaret et le cut-up dialoguent sans filet. Un album à l'avant-garde du post-punk avec synthés analogiques, boîtes à rythmes et saxos free, le tout sur Crammed Discs, un label bruxellois alors totalement underground. L’album s’est vendu à moins de 10 000 exemplaires la première année (source : Crammed Discs), mais ses manières étranges de fondre textures et spoken-word précèdent les expérimentations de la coldwave, de la minimal wave… et même des indie-electro d’aujourd’hui.
2. LFO - Frequencies (1991)
Ah, Warp! Label mythique, certes, mais LFO n’a jamais décroché la médaille pop de ses contemporains. Leur premier LP, Frequencies, fait pourtant figure de traité de bass music. Sorti alors que The Prodigy commence tout juste à étonner, LFO (Mark Bell et Gez Varley) bouscule la techno UK avec des basslines monstrueuses, des snares sèches et une froideur presque clinique. “LFO” (le titre) sera samplé par Autechre, Chemical Brothers ou Aphex Twin, rien que ça… Pourtant, l’album plafonne à la 42e place des charts britanniques à sa sortie (source : Official Charts UK) et reste, pour beaucoup, “un secret de DJ à l’aube”.
3. ISAN - Lucky Cat (2001)
Début des années 2000 : le glitch, l’IDM, la microhouse s’immiscent dans les têtes branchées. Mais qui se souvient d’ISAN ? Ce duo anglais, signé sur Morr Music, accouche avec Lucky Cat d’une pop électronique toute en mélancolie digitale, qui ose la simplicité face aux expérimentations plus cérébrales d’AFX ou Plaid. Beaucoup d’artistes actuels d’électronica indé (Helios, Baths...) citent ISAN comme influence, alors qu’ils ne rentrent dans aucun “best of” de l’époque.
4. Drexciya - The Quest (1997)
Si la techno de Detroit a fini par recevoir ses hommages, l’univers de Drexciya reste mystérieux, presque mythologique. Dopé à l’afrofuturisme et à la science-fiction, le duo sort The Quest, une compilation sur Submerge Records (label d’activistes locaux), qui compile leurs maxis sortis sous divers pseudos. Composés à la main sur des machines analogiques, ces morceaux sont aujourd’hui la bible de toutes les variantes de l’electro, de la techno mutante et de la bass music. Pourtant, Drexciya n’a jamais signé sur une major et vendait principalement des vinyles exclusivement dans les boutiques spécialisées locales, avec des tirages confidentiels (source : Resident Advisor).
5. Kompakt Total 2 (2000) – diverses artistes
La minimale, devenue “nouveau chic” grâce aux sets de Richie Hawtin, doit énormément au label Kompakt... et à ses compilations Total. Total 2 (2000), c’est un patchwork de miniatures rythmiques signées The Field, Justus Köhncke ou Jurgen Paape, alors inconnus du grand public. À l’époque, la compilation ne perce même pas les charts allemands, mais ses expérimentations (micro-loops, atmosphères granuleuses) vont influencer pendant 15 ans la façon dont on pense la house et la techno partout dans le monde. Kompakt reste un label culte, mais ses premières compiles sont encore considérées comme des collectors.